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LA GRANDE VILLE, PAYSAGES URBAINS
La Grande Ville donne à l’œil et à la main une complexité de forme parce que composée de détails
illisibles de loin, différents au possibles de près. Une série de grandes villes est née. J'ai essayé plusieurs façons de traduire la Grande Ville, m'attachant à celle que je connaissais le mieux
: Paris. Grattage des couches du collage pour découvrir le blanc du premier support là où la lumière était nécessaire, étalant des glacis d'huile pour assourdir les différentes marques du collage
et créer des surfaces uniformes, dessinant à l'encre… Je suis parfois revenue à la traditionnelle toile peinte à l'huile, laissant des silhouettes plus pures se former. Des toits, des rues, puis
des usines et des ports… puis d’autres systèmes architecturés.
Chaque erreur est un apprentissage, et c'est en cela que ce n'est pas une erreur mais un travail de recherche. Mon œil
apprend à chaque coup de pinceau à mieux voir, à mieux déterminer là où je vais. Ma main trouve comment transposer sur le papier le foisonnement des lignes de la ville, les silhouettes de ses
habitants.
Mon esprit questionne ma mémoire pour savoir de quelle technique je vais tirer le meilleur rendu.
Au final il reste le sentiment d'une ville longuement scrutée. Le jeu des couleurs décrit la chaleur, les odeurs, les bruits. La vibration des lignes développe son rythme, son
peuplement.
Sur la toile vierge, je colle des papiers, des matières que je récupère, des emballages, des fils maintenant détachés, des tissus dont la vie a fini là…
Je fais pencher le collage dans un sentiment de couleur en jetant dessus des encres, en grattant de l'acrylique, en épongeant le surplus aux endroits choisis…
Le séchage absorbe la brillance, opacifie les transparences, révèlent les sous-couches…
Sur cette peau déjà bien chargée, je trouve la première accroche de mon trait, celui qui dit « il était une fois… ». Le trait se déroule, s'accrochant sur les reliefs du collage. Je laisse dévier ma main, je laisse les silences, je n'essuie pas les gouttes, je continue d'avancer, découvrant ce que les aspérités du collage permettent de dire ou pas. Le dessin vibre d'une façon propre à lui-même, la matière donnant une résistante au tracé nécessaire à affirmer sa direction ou a en choisir une autre. Les hésitations du trait sont aussi sincères que l'hésitation du regard sur l'objet de son étude et que la compréhension sur l'objet de sa découverte.
Traduire une multitude de détails dans une masse cohérente, faire un choix dans les lignes, organiser les gestes, se souvenir de la cohérence spécifique du sujet… pour rendre ma traduction la plus éloquente et fidèle au sentiment que je porte face au sujet. S'il me faut tricher, je triche en regardant, en retournant vers la source de ce sentiment, en refaisant sa rencontre. Il faut tricher « juste » ! Entre la rue et l’atelier, il faut garder un bonne multitude de détails en souvenir et répertorier dans un carnet de croquis le maximum de notes pour traduire le rythme spécifique de l'univers que ma main essaye de retraduire à l'atelier.